La joie de vivre
de Zola publié en 1884
Le thème du printemps très souvent évoqué par les poètes est synonyme de renouveau de la nature, de jeunesse, d’insouciance, de transports amoureux et d’une manière générale de légèreté.
Qu’est ce qui nous rend l’âme plus légère au printemps ?
Est ce une simple sortie d’hibernation, une sorte de libération du corps et par là même de l’esprit qui retrouve sa légèreté ? Ce qui signifierait que l’esprit est resté piégé dans le corps alourdi pendant les longs mois de l’hiver et s’en libère le printemps venu comme la sève remonte dans les troncs d’arbres et provoque l’éclosion des bourgeons.
Ou y a-t-il une dualité fondamentale entre le corps et l’âme ?
Pour répondre à cette problématique deux romans aux titres évocateurs du bonheur :
La joie de vivre d'Emile Zola publié en 1884
L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera publié en 1994.
Qui sont en fait deux romans pessimistes qui traitent tous deux à leur manière de la dualité du corps et de l’âme à travers deux histoires et des personnages qui incarnent soit la légèreté soit la pesanteur.
L’histoire du roman de Zola se situe en Normandie. Pauline l’héroïne est une fillette de 10 ans, orpheline et recueillie par la famille de son père.
Dés le début le décor est planté. Le mauvais temps, l’oncle malade CHANTEAU qui attend l’arrivée de sa femme madame CHANTEAU qui ramène Pauline de Paris .Le fils Lazard parti à la recherche des voyageurs et qui tarde à rentrer. La cuisinière qui tente de calmer les angoisses du vieil homme. le chien Mathieu …
Dans cette ambiance morose et pesante Pauline va amener de la légèreté par son jeune âge, sa belle santé, son tranquille sourire. Aux chamailleries et jeux d’enfants avec son cousin succèderont rapidement des sentiments amoureux partagés par les deux jeunes gens. Il lui promet de l’épouser.
Pauline a d’ailleurs un héritage conséquent. Elle soutiendra de cette façon les projets de ce cousin farfelu qui a du mal à mener à bien ce qu’il entreprend. Elle apporte du réconfort à son oncle malade et elle voue un amour sans limite à sa tutrice ; mais cela ne permettra pas d’échapper à la lourdeur des personnages et des circonstances.
Elle devra renoncer à son amour pour son cousin afin qu’il épouse Louise.Sa fortune est dilapidée.
La lourdeur apparait dans le thème du corps amplement traité avec la maladie invalidante de l’oncle. La longue agonie de la tante. L’accouchement de Louise dans d’atroces souffrances.
Malgré tous ces événements, Pauline garde sa sérénité et sa joie de vivre.
L’insoutenable légèreté de l’être de Kundera est une histoire d’amour entre Tomas et Thereza qui se déroule sur fond d’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie.
Ici encore les personnages incarnent la légèreté ou la pesanteur. Ces deux notions fondent le livre.
La lourdeur est liée au corps.
Le personnage de Téreza pour qui le corps est synonyme d’anonymat. Tous les corps de femmes sont les mêmes. Pour s’affranchir de son corps et par la même occasion de sa mère et sortir de l’anonymat, il doit devenir exceptionnel, révélé par l’amour d’un homme.
Les trahisons de Thomas la replongeront dans l’anonymat et dans une détresse profonde.
Par opposition on trouve le personnage de tomas qui aime théreza mais est à la recherche permanente du plaisir immédiat : il y a une légèreté souvent insoutenable au point de chercher la part du corps et la part de l’esprit. La part du divin et de « La merde « Peut être la frontière entre la légèreté et lourdeur est elle difficile à définir.
Que cherche –t-il dans ses nombreuses conquêtes si ce n’est de s’accaparer la part d’intime d’un être, comme le chirurgien utilise le scalpel pour ouvrir les corps.
Une réflexion est engagée sur la légereté et la pesanteur.
L’abandon de sa première épouse et de son fils pour se libérer de toutes les entraves. Plus tard le renoncement à sa profession de chirurgien, pour éviter de subir les pressions des communistes et retrouver son entière liberté de pensée alors qu’il est un chirurgien réputé.
La légèreté de son nouveau métier, laveur de carreaux et les occasions multiples de faire de nouvelles rencontres féminines, ce qu’il appelle "des grandes vacances".
En opposition avec la lourdeur du système communiste, la pensée rigide. l’attachement de Tereza, ses principes de fidélité.
Sa réflexion amène au kitsch , ce qui est beau est artificiel et sert à masquer les idéologies .
Ma conclusion :
Le printemps avec ses beautés, la légereté qu’il nous inspire, n’est il qu’une construction artistique de l’esprit pour masquer les tourments de notre société, de nos vies ? et nous faire reprendre goût à lavie tout comme Zola qui, à travers le personnage de Lazare, décrit ses propres obsessions ; mais la vie reprend le dessus.
Rosalie FALORNI
avril 2011
Café littéraire "c'est le printemps" au majestic