
Un autre Viale
Chacun connaît la valeur culturelle et littéraire de Salvatore Viale, l’auteur de la fameuse Dionomachia (1817), c’est-à-dire la guerre entre Borgu et Lucciana à cause du cadavre d’un âne. On sait aussi, ou l’on devrait du moins le savoir, combien il était attaché à sa chère langue italienne qu’il appelait toujours « langue de la patrie » et qu’il défendit par ses écrits jusqu’à la fin pour qu’elle conservât son rang dans l’île où elle avait toujours été la référence absolue. Haute figure de personnalité de tout premier ordre, magistrat à la Cour de Bastia, hôte de tous les visiteurs d’importance désireux de mieux connaître notre île, l’homme demeure l’un des plus grands représentants culturels corses du dix-neuvième siècle.
Voilà qu’est paru tout dernièrement un livre intitulé Carnets de voyages en Italie d’un écrivain corse (1843-1854) édité par Albiana et le Centre d’Etudes Savatore-Viale qui nous montre, pourrions-nous dire, un autre visage de l’auteur, celui d’un homme intéressé par tout ce qu’il voit et ressent en voyage, des faits les plus quotidiens aux joyaux d’art les plus recherchés des églises ou des musées qu’il visite en Italie. Car cet étrange touriste connaît mieux que quiconque le pays où il voyage, pour y avoir fait ses études, y avoir vécu plusieurs années et pour correspondre régulièrement avec des amis précieux. C’est justement ce qui fait l’intérêt majeur de ce livre : le voyageur est au courant de tout, du politique, du culturel, du littéraire, du social et donne son avis sur tout mais avec finesse et discernement, d’un regard aigu et malicieux à la fois. Il modère bien entendu ses jugements mais chaque mot concédé met dans la confidence son lecteur qui jouit alors du plaisir de la découverte et de la réflexion comparative avec les temps présents, on pourrait dire de tous les points de vue.
Remercions donc Marco Cini qui a rédigé la préface en parfait connaisseur et Marie Limongi-Marchetti qui s’est attaquée à la traduction en français en nous apportant toutes les explications complémentaires.
Jacques Fusina