Le cinéma en Corse

Jean-Pierre Mattei a écrit en 1983 «  La Corse et le cinéma » puis a été à l'origine de la cinémathèque de Corse inaugurée le 17 juin 2000.

Casa di lume installée au cœur de Porto Vecchio offre des salles de projection, un centre d’archives, un espace d’expositions, des réserves et un personnel motivé. On y trouve 30.000 bobines de films en relation avec la Corse, 4.000 ouvrages, plus de 6.000 affiches, des documents d’archives. Certains films conservés là, sont uniques au monde. Marie-Josée Nat, Michel Landi, Daniel Auteuil, Henri Graziani sont des amis de Casa di lume. Le regretté José Giovanni l’était aussi. La musique et les chanteurs ont eu leur place dans les films : Tino Rossi a chanté son île, Henri Tomasi a fait de la musique de film, trois ténors corses : César Vezzani, Georges Micheletti, José Luccioni, ont chanté dans certains films.

On a beaucoup tourné des vendettas en Corse, y compris les américains. On peut rapprocher les vendetta des westerns qui sont tous issus d’une vengeance. André Cayatte a tourné un film dans lequel un corse est condamné à mort pour avoir commis une vendetta. Le sujet a été repris maintes fois.

André Versini, comédien, passe à la mise en scène avec Horace 62, un projet ambitieux qui consistait à donner à la vendetta un souffle cornélien en adaptant librement Horace.

Francis Carco était corse, mais le milieu qu’il a décrit était parisien. Trois réalisateurs : Jacques Becker, Pierre Melville et Claude Sautet ont puisé leurs scénarii dans les romans de José Giovanni. Dans les années 50 Daniel Vigne signe son premier film sur une scénario de Léo Carrier : l’affaire du Combinatie et la collusion entre Américains, milieu Corse et truands marseillais. Les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Espagne, la Russie, la Pologne, ont fait appel à de grands comédiens pour interpréter Napoléon Bonaparte, vedette la plus demandée. Daryl Zanuck a tourné en Corse une partie du « jour le plus long ». Il est venu en personne tourner la journée du 6 Juin sur la plage de Salice. Il fut ébloui par la beauté de la Corse. De nombreux films tournés en Corse ont des femmes comme héroïnes : Domenica, Manina, les filles du Dieu Soleil, le long de rivière Fango, Monte d’Oro etc…On tourne avec des femmes modernes, assez dénudées , des Lavezzi à Cavallo, de Porto-Polo à Scandola, ainsi qu’à Vico. On ne peut citer tous les longs métrages tournés en Corse, avec des acteurs corses. Qui n’a pas connu Daniel Ceccaldi d’Evisa, Albert Cervoni, Bruno Clair, Pierre Clémenti, Simon Damiani de Rogliano (apparenté au regretté José Giovanni. Nous ne pouvons oublier Lucile Costa, dite Minouche, fameuse monteuse de films. Henri Verneuil disait d’elle « elle a été ma tranquillité » Philippe Agostini, Directeur de la photographie, Claude Agostini le fils, Yves Agostini, cadreur recherché, Jean-Jacques Albertini, le niolin a réalisé une série de documentaires présentés régulièrement sur le continent dans les viles du sud, Jean-Pierre Alessandri de Carghèse, producteur de télévision, il réalise et produit de nombreuses émissions comme « a armes égales » Pierre Bartoli, producteur de cinéma et de télévision, Marie-Paule Belle, musicienne-interprète d’origine bonifacienne a participé à plusieurs films. Nous en venons à la famille Bonfanti : Antoine, l’un des chefs opérateurs les plus engagés de sa génération a travaillé avec les plus grands cinéastes, de Godard à Resnais. Jean-Claude Bonfanti, fils d’Antoine, Francis Bonfanti, autre fils d’Antoine est ingénieur du son. Mathieur Bonfanti, cousin germain d’Antoine, ingénieur du son, co-directeur des studios St Maurice ( ex Paramount avant-guerre), Denise Cardi originaire de Propriano a tourné dans de nombreux films, Caroline Carlotti, également de Propriano est passée par le cinéma, Rudo Cardi ( Louis Bertolucci) de Prunelli di Casaconi a chanté dans l’orchestre de Ray Ventura. Toni Casalonga, né à Ajaccio a participé à la création de la Corsicada qui a fait connaître l’artisanat corse, il a créé les décors de trois films, a participé à la restauration du village de Pigna en Balagne où il vit. Ange Casta, auteur, réalisateur, journaliste, Jean-Louis Castelli, photographe de plateau. Avec son Rolleiflex et son Pentax K1000 Il a fixé un demi siècle de cinéma et de télévision. Albert Cervoni, journaliste de cinéma à La Marseillaise, France Nouvelle, l’Humanité, écrit dans de nombreuses revues de cinéma. Pierre Clémenti a tourné dans des films de Pasolini, Visconti, Bertolucci. Simon Damiani, de Rogliano, apparenté à José Giovanni, a produit une cinquantaine de courts-métrages. Denise de Casabianca, d’origine bastiaise, a monté un grand nombre de grands films. Très recherchée dans la profession car talentueuse. Sa fille Camille est aussi dans la production actuellement. Hercule Mucchielli a apporté la preuve à son ami Alain Delon que sa grand-mère était corse en lui fournissant l’acte de mariage de celle-ci. Elle avait épousé à Prunelli di Fium’Orbu un Mr Delon employé des impôts. Le milieu du cinéma a été une pépinière de talents corses dans toutes les catégories. Robert Giordani, architecte-décorateur, puis décorateur de cinéma, ami de Marcel Pagnol, a eu une carrière époustouflante. Il a fait les maquettes de centaines de films, de décors de théâtre, a travaillé pour le grand écran et la télévision. Henri Graziani, originaire de Pietracorbara, au timbre de voix particulier, a fait du théâtre et a écrit des scénarios dont celui «du « fils » avec Yves Montand, Poil de carotte et a réalisé «  le retour » tourné dans le Cap corse avec le couple Noiret/Chaumette. Juliette Gréco, père de Belgodère, a fait une carrière internationale. Michel Landi –affichiste prestigieux– né à San Gavino di Carbini a su s’intégrer aux techniques de l’informatique et l’intégrer dans ses créations. Il est Président d’honneur de la Cinémathèque de Corse. Philippe Léotard,(dcd en 2001) petit-fils du photographe Ange Tomasi a participé à la fondation du théâtre du Soleil avec Arian Mnouchkine. Jean Luisi, artiste dramatique originaire de Figarella de Venaco, filmographie impressionnante. Pierre Massimi, acteur, né à Calenzana, grande notoriété, a tourné avec des acteurs confirmés dans de nombreux films. Stéphane Pizzela, né à Corté , journaliste dans la presse écrite, puis fait de la radio. Il produit et réalise les émissions « les nuits du bout du monde » que j’écoutais avec ravissement, les « heures de notre vie » «  Musique sans passeport » Quel talent ! Quelle voix ! Charles Sansonetti de Venaco a créé la Société Venaco Productions. Antoine Antona, dit TOE, originaire de Cristinacce, dessinateur humoristique, doté d’un esprit fin et caustique, développe une activité abondante en composant des albums de dessins. A réalisé aussi de nombreux courts-métrages. Paul Vecchiali, né à Ajaccio, cinéaste et producteur, au parcours peu conventionnel a tourné de merveilleux films. Son égérie : Danielle Darieux. Raphaël Patorni, originaire de Luri, est dirigé par les gradu cinéma français des années 40/60. Il a eu de nombreux rôles aux cotés de Tino Rossi. Hercule Muchielli dit de lui :  « C’était un très très bon acteur et un Corse qui parlait le corse »

J’ai connu José Giovanni, ( décédé en 2004) De vieille souche corse, de Rogliano, après un dérapage regrettable, il fut condamné à mort en mai 1948. C’est grâce à son père qui est allé voir chaque famille des victimes, qu’il a été grâcié 24 h avant la date de son exécution. Sorti de prison en 1956, il a édité son premier roman « Le trou » qui a intéressé le cinéaste Jacques Becker et c’est parti pour une carrière cinématographique de plus de 40 ans. Il a cherché une maison à Rogliano, mais le temps avait passé, la maison familiale avait un autre propriétaire et il n’a rien trouvé. José Giovanni disait «  Le western m’inspire et me passionne parce qu’on y trouve les grands espaces et les gens confrontés avec la nature. Nous pourrions avoir en Corse nos propres westerns »

La liste est encore très longue, des chanteurs populaires ou lyriques, des musiciens, de tous ces hommes et femmes de nos petits villages de Corse qui ont participé à cette grande aventure du cinéma, de 1930 à 1980 et aujourd’hui encore. Un film est lui-même une aventure. C’est un jeu fabuleux qui demande talent et sérieux car il coûte cher. C’est souvent aussi un JE pour les acteurs.

Hercule Mucchieli faisait partie de ces êtres à part, d’une intelligence au-dessus de la moyenne et d’une modestie toute naturelle. Hercule est né à Ghisoni en 1903 comme son père marié à Rosalinda Pozzo di Borgo, née à Poggio di Nazza qui lui donnera onze enfants. Hercule Mucchieli toujours étonné que l’on s’intéresse à son parcours, disait «  C’est le hasard qui m’a amené au cinéma. Je n’ai aucun diplôme, même pas le brevet. » Pourtant, Directeur des ventes chez Universal, on lui propose la direction de la MGM Agence de Marseille. Il va créer une maison de distribution et de création : la société Cyrnos. Il ne s’arrêtera pas là. Hercule Mucchieli est allé de sa Corse natale, à Marseille, à Lyon et à Paris. Son engagement dans l’économie du cinéma a été bénéfique.

Vous retrouverez tous ces personnages, tous les détails, dans un gros livre : la Corse, les Corses et le cinéma de Jean-Pierre Mattei, Editions Alain Piazzola. Pour 30 E. vous irez de découvertes en découvertes et quand vous le fermerez, vous aurez une pensée reconnaissante pour ces compatriotes qui ont osé, qui sont partis, revenus, qui ont galéré souvent, pour affirmer leur passion et nous émouvoir ou nous faire rire.

Anne Xavier Albertini

octobre 2010





 

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