
La vendetta de Sherlock Holmes
Ugo Pandolfi- dessins de Jean Pierre Cagnat
Un récit réjouissant où l'auteur réel, Jean Pandolfi-Crozier se glisse dans la peau de son arrière- grand- oncle, Ugo Pandolfi, géologue et ingénieur de son état, républicain à ses heures et gentiment candide, dont il aurait retrouvé les carnets intimes en 2002. Ceux ci ,inédits révolutionnent la Geste Holmésienne car ils narrent , jour après jour, du 2 septembre 1889 à avril 1895, le récit incroyable de la dernière aventure de l'ascétique et énigmatique Sherlock Holmes venu en Corse pour en finir avec son double maléfique ,le terrible Professeur Moriarty,pardon ,Moriartini…dont on découvre qu'il a des racines corses …et que le" Napoléon du Crime "opère dans le milieu de Sartène …
Au cours de ce périple à travers la Corse, Sherlock, perd un peu de son ascétisme légendaire : il déguste force miel, vin de Rogliano et ventru pienu, que lui procure Ors' Anto, le policier corse. A en croire Ugo Pandolfi il aurait même succombé au charme ombrageux et romantique d'une bien jolie corse à qui Maupassant, ami omniprésent d'Ugo Pandolfi, aurait offert un révolver….
On l'aura compris, ce récit est un pastiche qui télescope réalité, fiction et époques .Les personnes réelles se muent en personnages et les héros fictifs incarnent des réalités bien contemporaines.
Ainsi la réunion de Montpellier, convoquée par Sherlock (croquée avec talent par J.P.Cagnat à la page 38,) rassemble tout ce que le dix-neuvième siècle compte de spécialistes de la science criminologiste naissante : Cesare Lambroso,Reiss ,Bertillon,Lacassagne ou Durkheim. Mais on retrouve aussi Ravachol et les attentats anarchistes, commentés par Sherlock au travers d'intéressantes réflexions sur l'état et ses manipulations, derrière lesquelles on devine la voix de l'auteur.
Les menées criminelles de Moriarti,quant à elles, entre chantages, spéculations financières et immobilières, ont des relents bien contemporains …
L'auteur s'amuse et développe ce qui ressemble à un canular, mais multiplie les clins d'œil pour qui sait lire entre les lignes : de la curieuse disparition des carnets entreposés au Trésor public de Bastia pour cause d'explosion le 6 avril 2002, à la révélation sur u Babbu di a Patria ,Pasqual Paoli, en 1765,où on retrouve Boswell , Maria Cosway et la Révolution paoline, sans oublier les commentaires sur la statue de Napoléon, Place Saint Nicolas à Bastia.
Voilà un récit où l'intrigue policière est tenue à distance par l'humour et l'érudition, qui ne se prend jamais au sérieux. (Les notes sont souvent savoureuses).
Une lecture de vacances qui, prouve(les clichés ont la vie si dure …) qu'on peut bronzer sans devenir idiote.
Aout 2011 -Polisini-Mattei Ivana