La critique en littératureUne conversation autour de la critique littéraire dans la presse a été organisée la semaine dernière dans une librairie bastiaise : belle initiative qui attira un groupe assez important de personnes intéressées par le débat où chacun put s’exprimer sur le sujet proposé et peut-être même un peu plus loin. Je ne voudrais pas y revenir pour ne pas épiloguer mais on peut tout de même en retenir quelques idées.
La critique de presse a une longue histoire : au 19ème siècle, par exemple, elle était plus enragée que de nos jours et l’éreintage y était souvent pratiqué ! Il faut prendre en compte qu’il a toujours existé également une critique universitaire, intellectuelle et très technique qui s’appuie sur des concepts, des théories, des approches, des formes et des méthodologies qui à partir de la chaire se répandent dans le milieu estudiantin ou par le canal de certaines maisons d’édition plus spécialisées. Lorsqu’elle s’appuie sur des fondements idéologiques elle redouble de puissance et tient de devant de la scène pendant des générations jusqu’à ce que l’expérience pratique, les idées politiques ou la mode ne conduisent petit à petit à un changement des comportements et des points de vue.
La critique journalistique est plus ou moins influencée par ce fond général des idées mais elle doit aussi s’adapter à un lectorat plus large et diversifié, sans oublier que chaque titre de presse procède selon ses choix et règles propres. En Corse la presse locale se rapproche par certains aspects de ces fonctionnements mais conserve aussi des particularités culturelles et sociales que nous connaissons bien. L’utilisation de la langue corse sur une page de certains hebdomadaires en est un exemple, même militant et pédagogique en plus de son caractère littéraire, sachant que cette manière d’opérer fut ouverte depuis plusieurs dizaines d’années avec, par exemple, le mensuel puis hebdomadaire Kyrn, sans besoin de remonter jusqu’à nos anciennes revues ou aux antiques almanachs.
Ceux qui tiennent ces rubriques écrivent plutôt aujourd’hui des chroniques ou des billets qui présentent certains livres, informent et donnent des avis subjectifs, mais cette façon de faire correspond mieux au besoin actuel et s’inscrit en tout état de cause et modestement, en complément de ce qui est fait (ou devrait l’être) par d’autres medias comme la radio ou la télévision. Instrument nouveau, la toile informatique avec ses blogs, ses sites avec comptes-rendus des ateliers de lecture ou des cafés littéraires, son interactivité, gagne de plus en plus de force et d’efficacité et apporte son concours comme guide de la lecture publique. Sans qu’il soit pourtant, me semble-t-il, d’une urgente et impérieuse nécessité de dresser le palmarès des meilleures œuvres des dix dernières années. Qui serait de toute façon personnel et subjectif, même concernant quelque autre production littéraire que celle de notre île.
Les libraires jouent aussi lorsqu’ils le peuvent le rôle de conseillers d’autant plus écoutés qu’ils se tiennent au courant des éditions et de la vie littéraire.
Jacques Fusina mai 2011