Roger Ristori l'Africain

Jean-Claude Macé

C'est un livre absolument passionnant que j'ai dévoré. Il raconte la vie du père adoptif de J.C. Macé, un baroudeur amoureux de l'Afrique et de ses grandes étendues, des parties de chasse au gros gibier et aussi de la chaude ambiance des bars où l'on joue et boit un peu plus qu'à l'ordinaire. Incontestablement le personnage de Roger Ristori incarne à merveille ce type de Corse à la fois aventurier et nostalgique de sa terre, viril mais avec un coeur gros comme la main, stratège mais se perdant dans les méandres du quotidien...Un être fort sympathique, qui ne peut laisser indifférent et qui, au fond, meurt comme il l'aurait souhaité: d'un accident lors d'une chasse à l'éléphant. Le récit pourrait suffire à faire la valeur de l'ouvrage mais J.C. Macé y a introduit un style assez particulier: il utilise tout au long du récit la seconde personne. Il s'adresse donc à son père absent, ce qui confère au livre une dimension assez étrange, émouvante, attachante comme l'homme qu'il met en scène. Le procédé (de parler à la seconde personne) est parfois utilisé en littérature et même en poésie (je pense au long poème Zone, qui introduit Alcool d'Apollinaire), mais en général, l'auteur utilise le " tu" pour parler de lui-même, introduisant de ce fait une distance qui lui permet d'avouer ce qu'il n'oserait avouer s'il utilisait la première personne. Chez J.C. Macé, le "tu" s'adresse à l'absent et, qui plus est, au père absent. Il ne s'agit ni d'un reproche, ni d'un véritable dialogue mais d'une sorte de message envoyé vers l'invisible. Message qui sera peut être entendu mais dont la réponse tarde à venir.
Il est assez incroyable de voir comme l'absence d'un être cher peut peser tout au long d'une vie d'homme...je pense à mon ami Stefanu Cesari qui écrit" Avec ce que tu m'as laissé, je me suis construit un langage." Oui le langage, la forme du langage peut être un remède à l'absence, remède qui ne guérira pas mais qui soulagera, nous offrant l'occasion de récolter au passage quelques perles d'une rare beauté. Ainsi vont les choses des hommes, "la souffrance enfantera toujours des songes " disait déjà Aragon.
Je regrette de ne pouvoir vous en dire plus sur ce très bel ouvrage car il faudrait que je le relise et là où je suis, je ne l'ai pas sous la main, j'ai donc seulement parlé avec mon coeur.


Nurbertu Paganelli




 

 

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