
« Le Fils »
de Michel Rostain
Texte paru dans l'informateur Corse
de la semaine du 20 au 27 mars 2011
Quatre pages consacrées aux contributeurs de Musanostra!
« Le livre
Quel lecteur n'a pas erré dans les librairies en quête du livre? Celui qui fera son bonheur ou, tout du moins, celui qui pour quelques heures le comblera de cette satisfaction intense et indicible que représente la lecture. Vous? Moi? Nous avons tous l'expérience de cette recherche. Tout y passe : le titre, la quatrième de couverture, l'auteur...Alors évidemment lorsque Nancy Huston recommande sur le bandeau de la couverture le premier livre de Michel Rostain, je fonce. Un titre biblique : Le Fils. Et c'est avec hâte que je pars à la découverte de ce récit d'une histoire toute simple : un jour un couple perd son unique fils de 21 ans terrassé par une méningite fulgurante. Histoire simple mais compliquée à mener. Michel Rostain a trouvé dans une narration originale une façon de mettre à distance sa douleur, car cette histoire est la sienne. Pour éviter certains écueils, il donne la parole à celui qui n'est plus ; le fils disparu fait donc lui-même la chronique de sa propre mort. On se tromperait en croyant trouver ici un texte larmoyant où le pathos côtoierait le voyeurisme. Tout cela est évacué par la parole de ce fils trop tôt disparu. Il nous raconte l'impensable, l'inconcevable et touche du bout de ses mots l'intarissable douleur du père. J'ai aimé l'écriture simple et évidente de ce nouvel auteur. Il s'agit d'un style spontané et plein de vivacité alors que cela raconte la mort. Car le paradoxe de cet ouvrage, c'est qu'il respire la vie. Nancy Huston l'a lu six fois et avoue le redécouvrir à chaque lecture. Je le crois volontiers car ayant relu certains passages, je me suis surprise à découvrir de nouveaux aspects que je n'avais pas nécessairement saisis auparavant. Parfois on est saisi par l'émotion qui émane du récit, on s'amuse souvent de certaines situations cocasses. Le passage des obsèques notamment est particulièrement grotesque, tout semble décalé et l'on réagit comme on le fait lors d'un enterrement, perdu entre le rire et les larmes. 170 pages à évoquer les souvenirs de l'enfant, à reconstruire le scénario inéluctable de la mort, à chercher dans ces moments-là des explications rationnelles sur la destinée. Incroyable quête d'un père parti à la recherche du fils perdu. Et puis, après la souffrance, la colère, c'est l'apaisement. Car oui « on peut vivre avec ça ». Sans doute l' écriture constitue un formidable dévoiement à la douleur. À dire vrai, je l'ignore. En tout cas l'auteur a trouvé les mots pour relater une expérience (est-ce vraiment le mot qu'il convient?) inouïe. N'est-ce pas là le vrai sens de la littérature? »
Nathalie Malpelli mars 2011