musanostra

- Billet de Jacques Fusina

 

 

Les Oliviers du Négus

Laurent Gaudé nouvelles Actes Sud

 

Quatre nouvelles de Gaudé

Je ne connaissais Laurent Gaudé que comme le jeune auteur du Soleil des Scorta qui obtint le prix Goncourt en 2004 et dont on tira aussi un film. Ayant lu récemment à son sujet une critique positive j’ai voulu tâter à sa dernière œuvre Les Oliviers du Négus, publiée comme les autres chez Actes Sud. Il s’agit d’un recueil de seulement quatre nouvelles, assez longues, Le Bâtard du bout du monde, Je finirai à terre, Tombeau pour Palerme et surtout la première qui a donné son titre à l’ensemble.

La nouvelle est un genre particulier qui doit saisir immédiatement le lecteur et le conduire assez rapidement vers une fin autant que possible originale : dit de la sorte, c’est une définition grossière et l’on sait qu’il existe des nouvelles de toutes les factures que chaque auteur pétrit à sa manière. De ce point de vue je puis dire que j’ai été vite convaincu par une écriture privilégiant la forme brève et efficace, par une construction façon cinéma, avec des séquences nombreuses qui donnent une progression rapide de l’action en même temps qu’elles permettent une réflexion personnelle sans lourdeur sur le thème traité.

Ici les sujets sont variés car si l’on parle souvent de faits historiques, on passe tout de même de l’histoire des antiques Pouilles italiennes ou celle de l’Empire romain jusque dans ses confins septentrionaux, à celle de la guerre de 1914 sur le front franco-allemand, et à celle enfin de la lutte sicilienne contre la maffia. Chaque sujet est appréhendé sous un angle particulier qui plonge directement le lecteur dans l’action, souvent situation étrange que le narrateur découvre par pans. La première propose comme héros un vieux combattant d’Ethiopie (d’où le surnom de Négus) qui a mal vécu la campagne de colonisation du Duce et qui devient, à son retour, un original en révolte contre l’évolution moderniste de son village (tourisme et autres) et croit entendre l’écho d’un épisode très ancien, celui de l’invasion de Frédéric II roi des Deux-Siciles dans les champs d’oliviers de l’Italie méridionale. Même climat étrange dans la seconde nouvelle qui suit un centurion de la légion romaine jusqu’au mur d’Hadrien, aux frontières écossaises où il entre en contact avec les Barbares qui menacent Rome. Guerre également dans la troisième nouvelle, celle de 1914 avec ses tranchées et ses bombardements d’artillerie, mais elle est vue du côté de la terre souffrante qui peut aussi se venger par elle-même des épreuves incessantes que lui font subir les armées. La dernière nouvelle nous transporte dans la tête et le cœur de l’un des deux juges anti-maffia, Falcone et Borsellino, juste avant qu’ils fussent assassinés par de terribles attentats.

On dit que ce sont des thèmes, ceux du tragique et de la mort, qui plaisent à cet auteur de quarante ans : il passe en effet dans sa langue une force et une vérité qui touchent parce qu’il sait mettre en œuvre avec habileté des scènes, des actes et des paysages, qui font parfois penser à Maupassant, ce qui n’est pas si mal ! Les sujets peuvent nous émouvoir aussi lorsqu’ils se rapprochent de notre propre histoire et de la vie de nos régions : il suffit de constater combien ce sont exactement les mêmes dénominations pour certains lieux évoqués.

(Laurent Gaudé, Les Oliviers du Négus, nouvelles, Actes Sud, 2011)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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