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LA NUIT DERNIERE AU XVEME SIECLE
de Didier Van Cauwelaert

« UNE FABLE MODERNE DE SIX CENTS ANS »

Jean Luc Talbot a un profil de frustré que sa morne vie de famille ne fait qu'accentuer. Il vit avec Corinne qu'il est censé aimer mais qu'il ne parvient plus à désirer. Ce n'est pas son métier qui lui apporterait la poésie manquante : il est contrôleur des impôts. La seule saveur restante est celle d'un oignon planqué au fond de sa poche, parce que, « dans le Berry, la sorcellerie est le sport régional » et les fonctionnaires du Trésor des victimes toutes trouvées.

Son existence va pourtant basculer au détour d'une banale visite fiscale dans un authentique château du Moyen Age. Jean-Luc est pris de brusques accès d'écriture automatique, dans lesquels il perd le contrôle de lui-même pour laisser la plume à sa fiancée du XVème siècle, morte d'amour par sa faute en 1431, alors qu'il s'appelait encore Guillaume d'Arboud. Le voilà obligé de régler une histoire vieille de six cents ans et de passer ses nuits avec un fantôme féminin lubrique.

Complot de contribuable ou envoûtement en règle ? A moins que ce ne soit un cas de schizophrénie, autrement appelé « hermaphrodisme épistolaire » par un psychiatre de renom : « Ce que vous appelez « écriture automatique » n'est qu'une réaction musculaire inconsciente, qui permet de transgresser la censure du surmoi afin d'exprimer ses pulsions et ses blocages. [Assumez] votre part de féminité en portant de la lingerie fine et tout rentrera dans l'ordre. »

Jean-Luc Talbot ne finira pas travesti mais devra faire cohabiter son présent et sa nouvelle histoire (passée), ce qui ne se fera sans quelques acrobaties.

Et c'est bien là où réside le principal attrait de ce roman sorti en 2008. L'imagination de Didier Van Cauwelaert semble sans limites et sans frein; l'histoire est jalonnée de situations cocasses, parfois délirantes, habitée par des personnages incongrus , a priori inutiles (comme Marie-Pierre, postière obèse le jour et médium toujours ou le Père Jonker,ancien négociant en truffes tombé en religion après un redressement fiscal).Le lecteur en perd parfois son latin mais un fil d'Ariane invisible guide toujours ses pas. En bon architecte des intrigues, le romancier évite les écueils des arythmies de l'action pour nous conduire jusqu'à une fin surprenante et parfaitement maîtrisée.

On sait (depuis Hors de moi ou Le Père adopté notamment) que Didier Van Cauwelaert est un passionné de sciences occultes et d'ésotérisme. Il ne sombre cependant pas dans le dogmatisme soporifique car la 4ème dimension nous est révélée sur un mode poétique ou humoristique : « C'est pas aussi simple, la réincarnation . Chaque être humain est un orchestre, en fait. On est composés de musiciens venus d'horizons différents, qui jouent tous la même partition, alors qu'on n'entend qu'une seule musique. » Point de Paradis ou d'Enfer dans l'au-delà: « Il y a le bas astral, encombré par la merdouille : les désincarnés (…) qui répondent des conneries quand vous faites tourner les tables, par exemple. Et puis le haut astral, où les entités supérieures travaillent à une meilleure harmonie entre nos mondes ».

Et comme dans n'importe quelle histoire fantastique digne de ce nom, le lecteur oscille sans jamais basculer entre interprétation surnaturelle et rationnelle. A chacun de choisir sa vision, d'ajuster son focus ou de rester en zone trouble.

La nuit dernière au XVème siècle est un livre drôle, sautillant, divertissant, aussi adapté pour le bord de l'eau que conseillé si on recherche une rentrée tonique aux vertus d'été indien.

par Marie-Hélène GIANVITI septembre 2011



 



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