"Un très grand amour"

Franz-Olivier Giesbert

À dire vrai le livre ne me tentait pas craignant sans doute de tomber sur des poncifs à propos de l'amour éternel et grandiose tant rebattu dans des romans qui m'ont toujours laissée indifférente. Par hasard je l'ai acheté et mécaniquement j'en ai commencé la lecture. La narration à la première personne nous plonge dans l'univers d'Antoine Bradsock présentateur d'une émission littéraire, « un guignol avec un air égaré et un regard torve qui envoie l'autre paître ». D'emblée le ton m'a séduite : alerte, amusant bref plein de vivacité. Tout à la fois romanesque et autobiographique car Franz-Olivier Giesbert l'a dit, il y a du vrai et du faux à la fois, le récit raconte et sa grande histoire d'amour avec Isabella et son combat contre le cancer.

La grande affaire d'Antoine Bradsock c'est l'amour. Cinq femmes et sept enfants ne l'ont pas découragé. Lorsqu'il rencontre Isabella il réalise qu'il a enfin trouvé celle qu'il cherchait depuis si longtemps, celle qui l'élèvera au-delà des sentiments. Jusqu'à l'arrivée de ce cancer au combien symbolique puisqu'il s'agit d'un cancer de la protaste. Quoi ce fieffé séducteur, parfois atteint de priapisme serait empêché de jouir! Voilà une chose à laquelle Antoine Bradsock ne peut se résoudre. Certains trouveront peut être le propos choquant mais il faut lire le roman et cerner le mode de fonctionnement du personnage pour comprendre ce qui ce joue à ce moment là.

On considèrera le personnage d'un égoïsme sans pareil, d'un cynisme éhonté. Je l'ai trouvé très humain terriblement humain. J'avoue, j'ai parfois ri aux éclats, j'ai même eu la nausée. Notamment lors de l'épisode avec son fils bègue Medhi alors qu'il se fait embarquer au poste de police parce qu'il ne peut s'empêcher d'uriner. On hésite entre le rire et les larmes. Mais c'est vivant et tellement bien mené. On rencontrera beaucoup de personnages et particulièrement on sera sensible au portrait de Julien Green. On pénètre alors dans l'intimité d'un écrivain de grande renommée et les anecdotes à son propos laissent entrevoir une personnalité atypique.

Finalement C'est un bilan de vie que fait ici ce quinquagénaire. Certes c'est peu reluisant mais le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'y a là aucune complaisance à se raconter et à se dévoiler. Néanmoins cette façon d'être, cette immaturité parfois si incongrue et déplacée m'ont carrément conquise. À croire qu'Antoine Bradsock a fait une nouvelle victime!

Bonne lecture...

Nathalie Malpelli avril 2011

 

 

 






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