
Texte paru dans l'informateur Corse
de la semaine du 20 au 27 mars 2011
Quatre pages consacrées aux contributeurs de Musanostra!
Chroniques littéraires
de Marie-Jean Vinciguerra.(2010)
Editions Piazzola.
Regards insulaires
J'ai pris un véritable plaisir à parcourir les Chroniques Littéraires de M.J. Vinciguerra, recueil d'articles parus pendant 34 ans (de 1976 à 2010) dans les revues Kyrn et Corsica.
Indépendants les uns des autres, ces billets se lisent de façon autonome. Ne cherchez pas de chronologie dans cet ouvrage où les sujets, pêle-mêle, se suivent, sans lien apparent la plupart du temps.
La problématique de la langue corse, la finesse des propos, l' érudition, l'humour décapant teinté parfois d' ironie...l'humanisme d'un lettré reconnu des critiques littéraires me rendent l'oeuvre chère. Le problème de la langue corse y a toute sa place : va t-elle mourir de sa belle mort ou bien se renouveler ? Pour l'auteur, la langue des aïeux est tombée dans l'oubli.
Ces chroniques révèlent qu'il a également écrit notamment sous le pseudo d’Orso Domenico Paolini...
L'île génère des préoccupations, actuelles car plus que jamais au coeur des débats. Désireux de rendre compte de l'insularité et de comprendre ce qui se joue, M J Vinciguerra la dépeint en citant et évoquant une centaine d’auteurs liés par quelques phrases au moins à la Corse, dans le genre littéraire qui leur correspond. La question de l'identité corse n'est pas pour l'auteur celle du territoire mais celle de l'écriture universelle.
Il s’agit donc d’une présentation critique de textes d’auteurs avec pour chacun d’entre eux des informations inédites, ou en tout cas, mal connues. Il s'attarde sur les particularités des différents styles des écrivains mobilisés qu'il soit question de Rinaldi, Coti, Flaubert, Mérimée, Conrad, Celine, Biancarelli ou d'autres … Le livre fourmille d’anecdotes et de personnages (une centaine) hauts en couleur, plus ou moins connus du monde littéraire.
Je retiendrai le retour incessant d’Angelo Rinaldi sur son enfance gâchée, humiliée…et sur l’aspect biographique de ses œuvres. L’histoire de l’école, de Jacques Fusina, une référence ; et l'ouvrage de Marco Cini qui permet de comprendre le 19èmesiècle, moment particulier de créations en langue italienne.
L’excellent travail de PM Villa qui a puisé dans les archives de sa famille pour retracer un siècle d’histoire avec « La maison des Viale » 1985. Les sarments de l’histoire avec la famille Landry. Culioli (La Terre des Seigneurs 1986) ou l'art de la chronique, aussi. J’ai énormément apprécié l’histoire des paysans corses contraints à l’exil, avec le livre « Le clan Castelli » de Françoise Prevost. Avec Michèle Castelli (Marie di Lola 1983) on revit le quotidien d'une famille corse d’Ile-Rousse ; c'est un livre-témoignage que j’ai eu l’honneur de présenter lors d’un Café Littéraire récent (8 février 2011). J'ai aussi lu avec plaisir et curiosité les pages consacrées à Holderin (poète allemand) qui lance le mythe ébauché par Rousseau de la Corse héroïque tout comme j'ai appris avec intérêt que pour Pierre Do Lucchini (qui donne de la Corse une image qui transcende les péripéties de l ‘histoire), la Corse a donné trois immortels « condottieri » : Christophe Colomb, Don Juan, Napoléon.
La biographie de Pietromarchi sur Lucien Bonaparte (le plus corse des Bonaparte, d'après ses dires) donne envie de s'y plonger ; tout comme dans l'oeuvre de Garibaldi qui aurait dans ses veines, le sang du baron Von Neuhoff.
Je découvre aussi que Flaubert est venu en Corse en récompense de son succès au…baccalauréat. L’épisode de la disparition d’Agatha Christie, suite au souhait de son mari de divorcer, fait partie de ces anecdotes croustillantes que M.J. Vinciguerra sait proposer. Certes, elle a fait un séjour en Corse à un moment donné de sa vie. Mais était-ce vraiment à cette occasion ? Pour l’auteur, aucun doute, elle était à …Coti-Chiavari. Il en sera ainsi des Daudet venu en Corse pour raisons de santé : il y aurait trouvé l'inspiration pour une partie des Lettres de mon Moulin.
J’ai particulièrement apprécié le mot sur Anne-Xavier Albertini, une habituée de Musanostra, qui fait parler d’elle en ce moment sur le plan national avec son « Bar à tisanes » : un cri d’amour d’une mère à la Corse qui, rentrée dans l’île, y reste prisonnière comme dans un desert pour « hurler si fort qu’on m’entendait jusque là-bas en France ».
La gageure de l’auteur : en quelques pages, avec chaque auteur, nous en apprendre autant, sinon plus, sur la vie et les coutumes corses que par des volumes entiers. Le message passe facilement. L’essentiel est dit.
Chaque citoyen, grâce à l'écriture, nous indique MJ Vinciguerra a le pouvoir d'apporter un élément de réponse à cette question fondamentale, car dit-il, "l'écriture est une réponse à tout" !
Alors, citoyens, à vos plumes ! »
Raymond Mei mars 2011
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