
Une journée avec Monsieur Jules.
Diane Broeckhoven
Editions Nil- septembre 2011Aujourd'hui, il neige sur Bastia et ce que je vois de ma fenêtre est beau. D'autant plus beau que le spectacle est rare. Les toits de lauze et le clocher de Saint Jean, blancs !! Le spectacle de la beauté incite à s'interroger sur soi. Restons sobre. Il est tôt. Allez, ce sera une journée contemplation.
Je feuillette un livre, conseillé lors du café littéraire. Début du roman "la petite demi-heure suspendue entre le réveil et le lever enveloppe Alice comme un vêtement familier. Elle flotte dans un utérus imaginaire,…"ça me parle .Je continue. .p.12 "il avait neigé" .Ce ne peut être fortuit .La réception d'un livre c'est souvent affaire de circonstances, de moment, de rencontre, quoi! Je continue. p.14 "il était mort tandis qu’elle s'abandonnait à son moment le plus divin de la journée, sa petite demi-heure utérine." Ça me branche moins. Mais je poursuis et quand j'ai fini, la neige, dehors, s'accroche toujours, mais il y a un rayon de soleil. …
Le roman de Diane Breckhoven s'écoule à l'image de ma journée, et de celle d'Alice, l'héroïne, dont il raconte les dernières vingt-quatre heures de face à face avec son mari, Jules, dont elle tait la mort durant une journée et une nuit. .Des heures qui vont lui permettre un ultime dialogue, entre amour et dispute où elle lui dira les souvenirs et les gestes du quotidien ,les petites mesquineries ,la peur de le perdre ,son père(juste esquissé) et leur nuit de noce à Paris ,Olga, la maitresse qu'elle a réussi à éloigner (sans qu'il le sache).Des heures où elle sera accompagnée par David ,le jeune autiste du 3ème ,qui s'invite de façon inopinée ,dans une sorte de complicité improbable mais pourtant bien réelle.
Un beau récit, mélancolique, à l'émotion discrète, mais pas triste, qui parle d'amour, de tendresse, de vie et de mort, sans effusion et sans pathos. La version papier de la chanson de Brel "la chanson des vieux amants ".
"Bien sur nous eûmes des orages. (….)
O mon amour...
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour,
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore, tu sais, je t'aime."
Et tant pis pour celles ou ceux qui trouvent ça ringard !!Ivana Polisini Mattei 5 fevrier 2012
*Epigraphe p.10" Ce que nous avons fait de notre vie détermine ce que nous serons au moment de notre mort"

