

LA DISTRIBUTION DES PRIX - Eugène GHERARDI - 2011 - Editions Albiana
J'ai été convié, vendredi 27 janvier dernier, à une manifestation culturelle organisée conjointement par le jury du Prix du livre corse et le foyer socio-éducatif du collège Simon Vinciguerra.
Il s'agissait d'une conférence d'Eugène F.X. GHERARDI, professeur des universités et chercheur, sur son dernier ouvrage LA DISTRIBUTION DES PRIX - Le temps de l'éloquence au lycée de Bastia (1846 - 1903), dans l'enceinte même du lycée S. Vinciguerra.
L'auteur, E. Gherardi, par son envie de replonger dans cette époque de la 2e moitié du 19e siècle ( moment où la Corse relâche ses liens avec l'Italie pour rentrer dans la sphère française), nous a fait revivre 57 années de distribution des prix.
Ces cérémonies, très bourgeoises et relevant de l'exhibition, se déroulaient tous les ans en juillet afin de récompenser les élèves les plus méritants et leur offrir un premier signe de reconnaissance sociale. Les discours, très rhétoriques, étaient prononcés par des enseignants, voire des magistrats. Les thèmes récurrents évoqués gravitaient autour du patriotisme, du progrès et du sentiment d'appartenance à une communauté. Curieusement, on passait sous silence la beauté des paysages et des sites majestueux corses. Pour l'occasion, les pères se paraient de leurs plus beaux costumes et de leurs canotiers; les mères de leurs plus belles coiffes et crinolines.
Sur les bancs des orateurs prestigieux, on peut citer le chanoine Letteron, Pietro Vattelapesca, Edmond Goblot...
Mais ce temps de l'éloquence surannée et des grands discours, de cette pratique culturelle, sont bien révolus depuis la fin des années soixante et complètement enterrés depuis mai 68.
L'auteur a su également remémorer l'histoire du vieux lycée, en haut du boulevard (seul lycée de l'île à l'époque) que tous les élèves ont gardée en mémoire. Selon ses dires, à cette époque, les élèves, pour la plupart des bastiais, étaient tous externes, et les "paisani" en uniformes formaient le corps des internes. Cette remise de prix traduisait "le souci de modeler les esprits dans un moule élitiste".
Pour la circonstance, on pavoisait : la grande cour intérieure était ornée de drapeaux et autres écussons. La Marseillaise y résonnait à l'arrivée des officiels.
Ainsi, par son travail et sa publication Eugène GHERARDI, nous donne l'occasion, de découvrir, pour qui n'en a pas le souvenir, une photographie de la société bastiaise de l'époque.Raymond Mei janvier 2012

