L'angoisse de la page blanche

Ecrire, écrire… oui, mais comment ?
Elle en a de bonnes Marie-France !
Comme si je pouvais me mettre à écrire comme ça. Et puis le thème de la nouvelle : la pierre, les pierres. Que peut-on trouver de remarquable à ce thème ? Des pierres précieuses : lapis-lazuli, émeraude, saphir et que sais-je encore ! Merde, c'est que c'est drôlement compliqué son histoire !

           Le problème c'est de s'y atteler. L'écriture, l'acte d'écrire n'est pas si simple. Me voilà redevenue une élève qui hésite, cherche, perd pied et finalement se perd dans les méandres de ses pensées. Voilà bien longtemps que je n'avais plus ces sensations. Finalement elles ne sont pas si désagréables.

           Me mettre à mon bureau et travailler. C'est la solution. Mais par où commencer ? Ce qui me vient à l'esprit à propos du thème donné (imposé !) c'est l'île perdue au milieu d'un océan, c'est l'enfermement mais aussi la protection. La pierre c'est également l'endroit où l'on pose ses pieds, où l'on  se sent en sécurité. Tout cela est bien paradoxal.

           La pierre c'est la stérilité. Cherchons dans le dictionnaire la signification exacte de ce mot : « état de ce qui ne produit rien ». Cela me fait sourire, c'est justement ce qui est en train de m'arriver : je ne produis rien. A cet instant précis je ne trouve rien à dire sur les pierres et la seule chose qui surgisse dans mon esprit c'est la stérilité.

Il faut que je sois folle ou inapte à produire donc stérile en matière d'écriture. Etudiante j'avais une fascination particulière pour ces écrivains complètement démunis lorsqu'il fallait produire : la sacro-sainte angoisse de la page blanche.
C'en est devenu un cliché. Mallarmé avait tellement peur qu'il en est réduit à être un auteur hermétique (jugement totalement subjectif de ma part). Flaubert un insatisfait notoire était un lent, il lui fallait un minimum de cinq ans pour rédiger un roman. Dans son château de Croisset, cet ermite avait élu domicile dans une pièce baptisée le « gueuloir » destinée à « gueuler » ses phrases afin d'en vérifier le style.

Cela me semble fou mais je peux comprendre cette recherche du Pourquoi tant d'hésitations de ma part. Après tout je pourrais écrire sur l'île, c'est une thématique consacrée et j'aurais vraiment de quoi faire. Rédiger une nouvelle sur mes racines, parler du village de mon enfance perché sur une des cimes du Bozziu et qui
laisse dans mon souvenir tant de bons moments, exprimer peut-être mon attachement à cette île que je n'ai pas voulu quitter lorsque j'ai entamé mes études de Lettres, dire cette sensation de plénitude lorsque revenant du « continent » j'entraperçois la Corse en me disant « ça y est ! on est chez nous ! ».

Je pourrais sans doute être intarissable à ce sujet. Tout ce que suscite en moi la Corse serait un formidable vivier, un pré-texte à écrire. Mais voilà ces sentiments là sont absolument indicibles à cet instant précis. Dire l'inexprimable et s'affronter soi
Parce qu'enfin qu'est-ce qui pourrait m'empêcher de le faire à part moi-même, à part cette angoisse de me révéler et peut-être d'apprendre des choses sur une partie de ma personne. Tous les enjeux sont là. La pierre, les pierres… peu importe pourvu que j'écrive.-même, cela me semble totalement fou à réaliser.

       

   Allez je me lance… bon mot, du rythme, du souffle.


Nathalie Malpelli (août 2008)