
Le film L’APPOLONIDE, Souvenirs de la maison close,
de Bertrand Bonello, septembre 2011,L’affiche est superbe et nous laisse penser que le dernier film de Bertrand Bonello sera glamour, sexy, et capable d’affoler nos sens en nous transformant en voyeur ! Que se passe-t-il derrière les murs de ces maisons que certains nostalgiques regrettent ?
Les images magnifiques nous font penser à des tableaux de Renoir, d’Ingres et l’allusion à l’œuvre de Gustave Courbet « l’origine du monde » semble évidente ; mais la réalité est toute autre.
On observe deux temps dans ce monde clos : le jour, où ces femmes, dont on partage les rituels quotidiens (toilette, désinfection…), les espoirs de liberté ou d’amour, les désillusions, vivent dans la peur de la maladie (la syphilis fait des ravages), d’une grossesse, de l’augmentation de leurs dettes envers la mère maquerelle (formidable Noémie Lvovsky) ; et le soir, où elles se maquillent, s’habillent, se préparent telles des comédiennes avant d’entrer en scène pour interpréter leur rôle devant les clients (certains acteurs sont d’ailleurs des cinéastes, s’agit-il d’un clin d’œil ironique ?).
C’est une prison que Bonello décrit avec virtuosité et sensualité mais c’est aussi un film politique sur la condition féminine et c’est là que l’on repère l’intelligence du réalisateur qui nous interpelle sur des questions d’actualité (le surendettement, le marché sexuel, l’exploitation…). Le parti pris de l’anachronisme musical (Nights in white satin, chanson de the Moody Blues datant de 1967) ajoute une émotion palpable à cette œuvre filmée par un regard qui peut paraître parfois froid et distant. Cette mise à distance est cependant nécessaire, évitant la mièvrerie du pathos et empêchant le public de se laisser happer par la torpeur de l’indifférence.
On peut entrer dans une salle de cinéma où ce film est à l’affiche avec l’envie de tirer des tentures de velours et d’observer un monde de fantasmes ; on en ressortira troublé, animé d’un étrange sentiment où se mêlent joie, honte et culpabilité (comment a-t-on pu écrire le traité « Anthropométrie de la prostituée et du voleur » ?). Longtemps, les larmes de Madeleine, « la femme qui rit », hanteront mon esprit.
« J’aime profondément les putains » dit un client. « Il faut qu’on brûle pour donner de la lumière » dit une fille !Freddy Rusjan decembre 2011

