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l limongi

Indociles

Laure Limongi
Editions Léo Scheer
 Octobre  2012


Jolie présentation, sobre, bon format, à peine plus grand qu’un poche, beau papier et une couverture qui  annonce « essai littéraire sur Denis Roche, Hélène Bessette, Kathy Acker, BS Johnson ». Je l’ai présenté au dernier café littéraire, j’ai expliqué ce qui m’avait réjouie au fil des pages. C’est sûr, quand on le découvre et qu’on est juste un lecteur, pas un chercheur, pas un spécialiste, les termes associés du sous titre, Essai littéraire, ça pourrait refroidir. Raison de plus quand on ne connait aucun de ces noms d’auteurs qui sont mentionnés ! Alors,  qu’est-ce qui peut attirer ?
Dans mon cas le bandeau avec photo d’une jeune femme brune écrivant, au dos  se superposant à la  4e de couverture, à l’intérieur aussi, des précisions, elle est écrivain (5 livres déjà !),  elle est née à Bastia, et cela, avec  le titre « Indociles » donne envie d’aller plus loin. Ce qui apparait d’emblée, c’est l’évidence, de naturel de l’écriture et de la lecture ; sous forme d’une conversation avec son lecteur, l’auteure  promène avec aisance un miroir, le sien, d’un lieu à l’autre et d’une époque à l’autre, saisissant ce qui lui importe. Et justement dans ses souvenirs images, on se retrouve forcément quand on aime lire.
Ce livre apparait comme un cheminement entre autobiographie légère-et néanmoins parlante- et goût des textes. Le mot « littérature » est là, très vite, dès la deuxième page, avec l’apparition de la notion d’exigence et l’évocation de son travail dans l’édition, à Paris, suite apparemment logique au goût précoce des émotions et des textes forts.
Pourquoi ce titre ? Qui sont ces indociles ? Qu’est-ce que cette indocilité qui caractérise les auteurs présentés ?  Forme interrogée, remise en question,  refus de la facilité, dépassement des catégories (genres, notamment), tout à la fois. Leurs  lecteurs sont mis à contribution aussi par ces écrivains plus nombreux qu’on ne le croit. La liste noms  peu souvent ou jamais entendus par moi et le choix de quatre d’entre eux  révèle le parti pris de Laure Limongi  qui a choisi de nous les présenter comme si elle nous prenait par la main pour nous accompagner et nous permettre d’accoster , pour peu qu’on soit un peu curieux mais intimidé, sur ces rives  qui déconcertent mais où les rencontres sont gratifiantes. Oui, on a, comme elle,  souvent pensé qu’il fallait autre chose, que « les rivières étaient trop paisibles, les ciels trop bleus, les regards trop échangés, les poitrines trop d’albâtre, les gentils trop victimes. »dans nos livres. Mais le courage faisait défaut…Et puis on aime lire les auteurs dont on parle,qui vendent. Laure Limongi  sait donner envie de la suivre, de se retourner vers ces auteurs,  juste en soulignant ce qui mérite de l’être.  Tiens, j’aime savoir que Bessette, mère de 2 enfants, divorcée d’un pasteur,  été remarquée par Raymond Queneau  qui lui a fait signer un contrat avec Gallimard et que  sur son premier livre, Lili pleure, en 1953, il avait  fait placer un bandeau , « Enfin du nouveau ! » (p.73) Et de Kathy Acker , celle qui invente, recrée un langage , repense Don Quichotte qui « devient « une chevalier » rendue folle par un avortement […], que sa quête est la suivante :
« L’idée la plus insensée que jamais femme pût concevoir. C‘est à dire, aimer. ».
Elle écrit encore « J’écris des mots pour vous que je ne connais pas ni ne peux connaitre, pour vous qui serez toujours différents de moi et me serez étrangers… ».
Laure Limongi analyse sa démarche, nécessaire.« Contre la standardisation, Kathy Acker brandit l’organique, le viscéral. Tout pour ne pas devenir « robot », un terme récurrent qui signifie pire que la mort : la destruction par négation des pulsions de vie, l’absence d’intelligence, la docilité. (p.139) Je vais chercher l’un de ses titres ; pour le coup, je veux éprouver le texte.
Quand à SB Johnson, «auteur  téméraire », mélancolique, il  apparaît ici comme l’homme du « déhanchement » du déséquilibre. Je comprends, tout n’est que tensions et point de fuite. Il a rencontré sa « muse », a beaucoup aimé, souvent malheureux, a repris  des études trop tôt délaissées. Et il change la façon d’écrire, il complique, il recrée.
Attendons d’avoir l’un de ses livres en main.
Et Denis Roche dont les essais de littérature arrêtée utilisent indistinctement pour nommer l’écriture la forme du  journal intime et la photo, les deux pratiques "s‘intriquant intimement."(p.44)
D’où l’étonnement du lecteur  qui éprouve vite le charme de cette balade en littérature moderne, du départ à  la BU célèbre, qu’on reconnait même si on n’a pas fréquenté la même,  ses confidences, la douleur en pointillés, en filigrane, l’avancée en âge, en assurance. Et on se retrouve à aimer, sans les avoir lus, par ses yeux et ses mots
, ces écrivains indociles. On est dans la confidence ; on aime en confiance! Ne va-t-on pas être déçu tant le guide est habile ?
Il y a de cela quelques années un livre au titre un peu réducteur (Comment parler des livres qu’on n’a pas lus ?) pouvait amener ou ramener à certains livres  dont à nouveau l’intérêt  apparaissait ; il en fut de même ici, j’ai avec l’auteure savouré le charme d’œuvres dont je n’ai en tête que le nom d'auteur et le titre et qui pourtant me sont devenues familières. Leur mérite ? Etre sortis des routes balisées, d’après Laure Limongi, avec talent.
  Amour du livre, du texte, partage, comme on se retrouve, se reconnait, nous qui  lisons comme nous respirons , même si ce n’est pas au même rythme ! Entre touches légères d’érudition, confidences, pudeur, suggestions et  conseils, Laure Limongi m’a fait passer un très bon moment


M.-F. B.C.

décembre 2012

 

 

 

 

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