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gregoire  DELACOURT

 

La liste de mes envies,
Grégoire Delacourt éditions JC.Lattès


Lire le deuxième roman d’un écrivain quand on a apprécié le premier, c’est un peu comme se rendre à un deuxième rendez-vous amoureux : on éprouve un mélange d’impatience et d’appréhension, on redoute la déception…. Tel était mon état d’esprit lorsque j’ai abordé La liste de mes envies, deuxième roman de Grégoire Delacourt.

Comme dans son précédent ouvrage, l’auteur choisit de s’intéresser à des gens « ordinaires » : Jocelyne Guerbette, mère d’« un garçon, d’une fille et d’un cadavre », mariée à Jocelyn, ouvrier chez Häagen-Dazs, est mercière à Arras. De même qu’il y avait une chance sur un million pour qu’une Jocelyne rencontre un Jocelyn, de même la probabilité de gagner au loto était infime et pourtant …. Que faire alors avec 18 millions d’euros ? Cet argent permet-il de racheter des rêves que l’on croyait enfuis ? Désorientée, Jocelyne commence à dresser la liste de ses besoins, puis celle de ses envies. Nous n’en dirons pas plus. L’argent n’est ici que le révélateur permettant aux personnages - et au lecteur - de s’interroger sur eux-mêmes mais surtout sur le but ultime de toute existence : le bonheur !

Tous les personnages du roman, par leurs imperfections, leur difficulté à être, à dire, à communiquer, sont profondément touchants.

Il y a Nadine, la fille de Jocelyne : taiseuse mais brillante, elle réalisera des films pour mettre des mots sur ce qu’elle ne peut formuler. Parce qu’il faut aussi admettre que les mots sont parfois impuissants : certaines choses se vivent mais ne se disent, et tout le génie de l’écrivain repose alors sur cette capacité à exprimer malgré tout l’indicible. Ainsi, cette très belle scène, où Jocelyne rentre tard, après avoir été tentée de tout quitter. Elle se rend dans la chambre de Nadine : « Elle leva la tête lorsque je poussai la porte de sa chambre, elle me sourit et je la trouvai belle, immensément belle. J'aimais ses grands yeux bleus, je les appelais ses yeux de ciel. J'aimais sa peau claire où nul mal n'avait encore laissé d'écorchure. Ses cheveux noirs ; un cadre autour de sa pâleur délicate. J'aimais ses silences et l'odeur de sa peau. Elle se recula contre le mur, ne dit rien lorsque je vins m'allonger auprès d'elle. Puis elle caressa doucement mes cheveux comme le faisait maman et reprit sa lecture à voix basse cette fois, comme le fait un grand pour apaiser les craintes d'un petit. »

Il y a ces moments d’une humanité bouleversante où Jocelyne se rend auprès de son père qui, après un AVC, vit dans un présent perpétuel puisque, “toutes les six minutes, le compteur de sa mémoire retombe à zéro”.

Il y a Jocelyn, le mari un peu « beauf », dont la plus grande ambition est de posséder une Porsche Cayenne ; leur couple sera plus d’une fois mis à mal, mais finalement Jocelyne est heureuse avec lui parce que derrière les maladresses, les incompréhensions, il y a de l’amour.

Et bien sûr il y a Jocelyne : un personnage héroïque parce qu’elle a fait de son quotidien son bonheur. Elle trouve dans la routine, la monotonie, l’habitude une certaine forme d’accomplissement : elle comprend que le bonheur n’est pas extra-ordinaire mais qu’il est au contraire dans l’ordinaire du quotidien, si l’on sait en percevoir la richesse. Jocelyne, la mercière, a su tisser les fils de son existence, se réaliser sur ses failles et ses rêves déçus. Peut-être n’a-t-elle pas décidé de sa vie mais elle a fini par se l’approprier. 

 

Le talent de Delacourt vient de sa capacité à flirter avec la facilité (la petite provinciale qui gagne au loto) sans jamais y sombrer. Et ceci tient notamment au style : un style enlevé et percutant, dépouillé de toute lourdeur, peut-être parce qu’il y a une urgence à dire comme il y a une urgence à vivre. En disant peu, l’auteur dit l’essentiel : au fil du roman, on voit les personnages gagner en profondeur, on reconstitue des existences et bien sûr on s’identifie à ces êtres si imparfaits, tellement proches de nous dans leurs rêves et leurs désillusions.

Et puis, c’est avec tellement d’élégance et de justesse que Delacourt peint l’âme et le corps de la femme !

Ce deuxième roman confirme l’art de Grégoire Delacourt à mêler le grave et le léger, à user de la désinvolture pour dire les drames humains parce que c’est sans doute le seul moyen d’y faire face.

 

Bref, vous l’avez compris, ce fut un deuxième rendez-vous réussi !

 

Bénédicte Savelli , janvier 2012


 

 

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