

Dans les forêts de Sibérie,
Sylvain Tesson, Gallimard, 2011,
Un voyageur immobile
Quelle bonne surprise parmi cette rentrée littéraire abondante de retrouver Sylvain Tesson, cet écrivain voyageur infatigable. Avec son dernier livre « Dans les forêts de Sibérie », nous mettons nos pas ou plutôt nos jours dans ceux de cet auteur qui pendant six mois s’est isolé au creux de l’hiver russe.
Ce livre, c’est son journal de bord ou mieux son journal d’ermitage. Sans faiblir, il l’a tenu de février à juillet 2010. Déjà en conclusion de son ouvrage « Petit traité sur l’immensité du monde », il annonçait son envie de finir seul en cabane : « La cabane c’est le vagabondage moins la géographie ». L’humanisme a perdu du terrain et le vagabond ne se met plus en route sur le chemin du monde dans l’unique but d’aller à la rencontre des autres. Après avoir tant voyagé, Sylvain Tesson n’avait plus soif de ses semblables.
Son projet : vivre son rêve de solitude, accéder à une nouvelle existence épurée et espérer atteindre la félicité désormais absente de ses périples. Décision paradoxale que cet exil où la solitude est dans notre monde contemporain plus souvent présentée comme subie et non comme choix de vie. Pour cette expérience, il a choisi une isba dans la forêt sibérienne au bord du lac Baïkal, à trois jours de route d’Irkoutsk et à cinq heures de marche des voisins les plus proches. Un lieu où il est certain de trouver espace, silence et solitude. Pour accompagner ces six mois de survie, il s’est entouré des compagnons indispensables à son bonheur : de la vodka, des cigares et une caisse de 60 livres qui constituera pour ce temps sa bibliothèque idéale.
Sylvain Tesson retrouve un plaisir enfantin et maternel dans sa cabane. Il y apprend à vivre au ralenti et s’enrichit du luxe : « d’utiliser son temps comme bon lui semble, tout faire alors qu’il n’y a rien à faire ». Lorsque les pensées intérieures ou les souvenirs ne sont plus de mise, il lui suffit de regarder par la fenêtre et s’imprégner comme un contemplatif bienveillant de la beauté de la nature qui l’entoure. Vivre en ermite est pour Sylvain Tesson un acte contre révolutionnaire. L’ermite ne menace personne. Il est en dehors de tout système. « Il épouse un mode de vie. Il cherche une vérité ». Au fil de cette retraite, au contact de ses voisins russes, qui pour leur travail ou par choix, continuent d’habiter ces zones retirées, Sylvain Tesson s’est transformé en un véritable « homo sovieticus ».
Tournant le dos à la marche du monde, il était parti faire peau neuve, rechercher la paix de l’âme en ayant, comme les slaves recours à la forêt. Il ne savait pas s’il réussirait à tenir tout au long de ces longs mois. Le bilan est positif. Il reconnaît avoir connu les plus belles heures de sa vie. Il était parti voyageur, prédateur des paysages et des beautés du monde. Le voilà revenu, apaisé, plus conscient que jamais de notre devoir d’humilité devant Dame Nature avec le doux espoir de retrouver tôt ou tard sa cabane de Sibérie.
par Monique Mondoloni. novembre 2011

