
Crépuscule d’une idole
M. Onfray edts Grasset
Les écrivains se faisant boutiquiers et signant chacun de sa colorature, des ouvrages au sujet différent, mais qui disent toujours la même chose (le "moi" devant un sujet)Onfray s’est spécialisé dans le tracto pelle. Il déboulonne. La religion, par exemple, et là on avait bien vu que sa filiation avec Nietzsche était hautement revendiquée. Or, le premier crime qu’à commis Freud est la cryptomanie, il dit qu’il n’a pas lu, pas entendu, pas vu quoi que ce soit qui le renverrait à Nietzsche, alors que ce dernier avait tout compris (selon Onfray). Crime, crime crime ! Ainsi le livre présente une rhétorique très pure, assez semblable au schéma argumentatif de Victor Hugo, qui commence par la présentation de l’auteur, insistant sur sa crédibilité (je suis un surdoué, j’ai tout lu, j’ai toujours beaucoup réfléchi, vous pouvez me croire je ne suis pas un homme ordinaire etc. et.c) puis il annonce sa thèse, en dix points, pour dire dix fois que Freud est un menteur, un raciste, un etc etc…
Ensuite il développe dix fois sa thèse, et comme tout bon rhétoriqueur ne manque pas de le faire en trois parties, trois sous parties, très subtiles, mais bien présentes. Bref, parfait, rien à redire à l’exercice.
Sauf que pour qu’on adhère au propos il faut qu’il soit moins massif, moins pesant, moins marteau pilon. Chaque fois qu’on a envoyé des chars d’assaut on a créé des victimes, voir des martyres. Si la nuance avait été présente, on aurait d’avantage adhéré. Alors oui, le livre pose des questions, et suscite des discussions, ce qui est bien, mais j’aurais souhaité une attaque plus subtile, pour une opinion plus fine… Mais cela n’engage que moi (pour les points précis de l’attaque, mensonge, cryptomnésie, révision du passé, inceste avec sa famille, lire le livre)
Dernier point, je trouve réducteur de penser que démontrer que Freud n’était qu’un homme a pour conséquence que toutes ses théories étaient fausses. Alors Nietzsche était fou, et Nerval aussi et Van Gogh aussi et Musset alcoolique et et et… le génie est la transmutation du plomb en or.Marie Hélène Ferrari auteure

