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Résultat du
Concours Prix
Musanostra
du texte court 2011

Théme : La rencontre.

 


François Aussanaire

de Langueux, en Bretagne

 

Bonjour
Il n'est sans doute pas d'exercice plus difficile que celui qui consiste à parler de soi, de son parcours et de se gôuts, précisément quand on a pour habitude de raconter les autres ou de les faire parler.
Peut-être pourrais-je vous dire que j'aurais aimé:
.Naître en 1970, parce que 69 avait été une année érotique
.Avoir 20 ans en 68, même si cette année-là le printemps fut court et l'automne bien long
.Etre Robinson Crusoé, mais seul sur mon île car à deux, nous aurions été trop nombreux
.Exercer la profession exaltante mais pauvre en débouchés de découvreur d'îles désertes
.Avoir l'imagination de Jules Verne et la folie d'Edgar Poe
Mais que finalement:
.Je suis né en 62, année où il s'est également passé deux ou trois choses admirables
.Sur les îles que je fréquente, je supporte difficilement beaucoup trop d'importuns qui n'ont rien à y faire
.J'exerce le métier, hélas nécessaire mais enthousiasmant de cadre de direction dans l'habitat social
.Je raconte de petites bétises sans prétention sur la vie et la mort de ceux qui auraient sans doute mieux fait d'être seuls au monde.
Mais je pourrais également vous dire que nantais de naissance, costarmoricain d'adoption depuis 25 ans et bellilois de coeur depuis toujours, je suis une sorte de breton multifacettes.
Nouvellophile et nouvelliste forcené, j'écris principalement des textes noirs parfois teintés d'ironie grinçante, où j'aime le plus souvent conter les heurs et malheurs des gens de mer, ceux que la mer attire, fascine, fait vivre et parfois mourir, avec une prédilection pour les îles et les îliens, de l'Atlantique, de la Manche ou d'ailleurs.
Jaime observer et raconter la mer vue de la côte et la côte vue de la mer, m'asseoir dans les dunes, regarder les vagues, lire Merle ou Chamoiseau, Stevenson ou Thompson et plus encore Steinbeck et C Williams, sans oublier bien sûr les nouvellistes (F.Borwn, Poe, Hemingway, Pouy, Villard et tant d'autres) tout en écoutant Miles, Santana ou Clapton.
Encouragé dans mes sombres penchants par quelques irresponsables, dont plusieurs jurys de concours, j'ai commis deux recueils de nouvelles, noires, maritimes et énervées :
.Mortes eaux, Editions Nouvelles Paroles, 2009
.La face cachée du soleil, Éditions de la rue nantaise, 2010
un troisième étant en cours de publication.
Voilà ce que j'aurais pu vous dire, et bien d'autres choses encore, si je n'avais pas tant de mal à parler de moi.

 

 

 

CES CHERS RANDONNEURS

            Vous n’allez sans doute pas me croire, mais j’ai une certaine tendresse pour les randonneurs.
Ils constituent pour moi un sujet d’observation et une source de joie inépuisables.
Surtout l’hiver.
Parce qu’ils sont beaucoup moins nombreux et parce que j’adore les voir crapahuter au bord des côtes et des plages, sous la pluie et le vent glacés, transis de froid, recouverts de la tête aux pieds, sacs à dos compris, de ces immondes ponchos imperméables qui leur donnent l’air d’un troupeau de méduses s’essayant à la marche à pied au sortir de l’eau.

            A partir du printemps, par contre, ça devient l’horreur. Il en arrive de partout ! Tels des champignons sortant de terre sous les pluies d’automne, ils surgissent aux premiers rayons de soleil de mars ou d’avril, comme réveillés, tous au même moment, d’une longue période d’hibernation. « Mars et ça repart !», telle doit être la devise du randonneur moyen.

            Ce qu’il y a de bien avec les randonneurs, c’est qu’ils se ressemblent tous ; construits au moule.
Où qu’ils soient, sur les sentiers côtiers ou le long des routes de campagne, vous ne pouvez pas les confondre avec de simples promeneurs ou de quelconques passants. Vous les croiseriez dans la rue ou même dans le métro, vous les identifieriez sans peine tant ils se ressemblent.
Grosses chaussures, grosses chaussettes, par tous les temps !, gros mollets, courtes cuisses, bas du cul sous le short informe, sac à dos et bob délavé par le soleil et les pluies et, bien sûr, les bâtons de ski télescopiques, absolument indispensables, surtout pour la marche sur route.
Tous pareils.
Sauf un. Le chef du troupeau.
Car dans tout groupe de randonneurs, il y a un chef. Presque grand, presque mince, il se reconnait facilement car c’est celui qui marche en tête, loin devant et qui tient la précieuse carte qui pourtant ne l’empêchera pas de se perdre.
Il lui faudra alors, malgré sa honte et l’ironie du reste du groupe, demander son chemin à l’autochtone farceur et qui se fera une joie de lui indiquer… la mauvaise direction. Il se différencie également des autres en étant le seul à porter fièrement le chapeau de brousse australien, replié sur un seul côté, attaché par un lacet sous le menton et garanti absolument authentique par Nature et Découvertes.
Tous les autres le suivent, comme ils peuvent, le plus souvent les uns derrière les autres, parfaitement alignés.
Ca ne rigole pas dans la randonnée ; surtout la Grande.
C’est bien simple, on dirait des scouts.
A se demander si le scoutisme ne fait pas partie du cursus obligé pour devenir un randonneur digne de ce nom, une fois parvenu à l’âge adulte.
Si les groupes de randonneurs se différencient des patrouilles de scouts principalement par l’usage de diminutifs extrêmement poétiques tels que Gégé, Paulo, Mimi ou Gros Dédé, plutôt que par des totems animaliers exotiques, ainsi que par une moyenne d’âge sensiblement plus élevée, la structure même du groupe reste pratiquement la même.
Devant, le port qui se veut altier, le cuissot ferme et le pas vigoureux, le chef donc, qui choisit l’itinéraire, donne l’allure et décide des pauses.
Quelques mètres derrière, deux ou trois éléments fanatiques, déterminés ou tout simplement zélés tentant, tant bien que mal, de suivre le mouvement.
Plus loin, le gros de la troupe qui avance à son rythme, discutant tout autant qu’il ne marche.
Et enfin, irrémédiablement lâchés par le peloton, deux catégories de pseudos randonneurs ; le râleur invétéré, toujours à se plaindre d’ampoules ou de cailloux dans ses chaussures, et la petite grosse, rougeaude sous le soleil, trempée de sueur, qui prend douloureusement conscience qu’elle n’est définitivement pas faite pour ce genre d’exercice, et passe l’essentiel de sa randonnée à regretter de n’avoir pas plutôt épousé un joueur de pétanque.

            Quand enfin, après plusieurs heures de marche harassante sur des sols caillouteux et sous un soleil rapidement détesté, le chef du troupeau – que dis-je, le guide suprême – donne le signal tant attendu de la pause, d’un seul mouvement, chacun s’écroule là où il se trouve offrant alors un spectacle de fin du monde.
Seuls les retardataires grappillent quelques précieux instants de récupération pour rejoindre les épaves ruisselantes et pour certaines déjà endormies.
Si, comme c’est malheureusement souvent le cas, la halte se fait à proximité d’un ruisseau ou d’une fontaine de village, tous s’emploient, en se déchaussant, à vicier l’air ambiant et à polluer ledit point d’eau par un bain de pied réparateur.
Entre les règles de la bienséance et le soulagement de chevilles endolories, le choix est rapidement effectué, tacite et unanime.
Une fois soulagés de leurs maux divers, aucun pourtant n’oubliera de re-remplir sa gourde de cette eau récemment aromatisé.
Et, lorsque le leader du groupe, n’écoutant que son obstination et sourd aux plaintes et suppliques de ses troupes, annonce l’heure du départ, il faut parfois, telle la tortue retournée incapable de se remettre seule sur ses pattes, l’aide d’un ou deux de ses congénères pour redonner la position verticale au randonneur imprudent qui se serait laissé choir sans avoir pris la précaution préalable d’ôter son sac à dos.  

            La principale différence entre le randonneur et le promeneur débonnaire et contemplatif que je suis, quand bien même nous fréquentons les mêmes sites, c’est que moi, je me ballade sur le sentier, alors que lui « se fait le GR ». Le 20 en Corse ou le 34 en Bretagne, peu importe.
Se faire le GR semble être son principal but dans la vie et « on va se le faire, on va se le faire !» le cri de ralliement de ses semblables.

            Ce qui est particulièrement pénible avec les randonneurs, surtout quand ils sont nombreux, c’est qu’ils se croient absolument obligés de vous saluer.
Sous prétexte que nous pratiquons, à quelques nuances près, la même activité au même endroit, il faudrait nécessairement se saluer, comme le motard moyen qui, croisant sur la route un congénère, pourtant méconnaissable sous son casque, se doit de tendre deux doigts vers lui ; salut qu’il recevra toujours en retour.
Alors qu’ils ne leur viendraient pas à l’idée de devoir saluer qui que ce soit d’inconnu croisé dans la rue, ils n’imaginent pas ne pas dire bonjour à un type qui marche sur le même sentier qu’eux.
Pourquoi alors, selon ce même principe, ne pas systématiquement saluer tous ceux qui sont en même temps que vous au cinéma ou au rayon fruits et légumes de votre supermarché ?

            Pour des randonneurs qui croisent un marcheur solitaire, chaque membre du groupe ne le saluera qu’une fois. L’exercice restera limité et par conséquent l’épreuve acceptable. Mais, mettez-vous à la place du pauvre homme qui devra répondre à autant de saluts qu’il en recevra.

Il faut me comprendre ; c’est insupportable.
Je n’avais rien contre elle en particulier. Elle s’est juste trouvée être la trentième ou la quarantième que je croisais lors d’une ballade que j’avais espéré paisible et détendue, qui m’avait souhaité le bonjour en espérant de ma part un salut en réponse.

Voilà pourquoi, Monsieur le juge, je l’ai balancée à la côte.

 

 

Textes finalistes au concours de nouvelles musanostra 2011


Le voyage de Jennifer

Darius


Le cerf -volant

Tout vient à point ...

Le viel homme à la mer

L'un et l'autre

Ribella

Prix de la nouvelles 2011

Concours de nouvelles 2011
Baby de Paul Andrade

 

Concours de nouvelles 2010
L'invite d'André Fanet




Concours de nouvelles 2009
S'ils nous pardonnent de Syvie Dubin



Concours de nouvelles 2008
Marie Nau

 

 

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